{"id":775,"date":"2023-01-11T22:17:05","date_gmt":"2023-01-11T22:17:05","guid":{"rendered":"http:\/\/tdi_37_163"},"modified":"2023-01-12T01:42:13","modified_gmt":"2023-01-12T01:42:13","slug":"entertainment-buzz-taylor-swift-gets-an-emmy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/2023\/01\/11\/entertainment-buzz-taylor-swift-gets-an-emmy\/","title":{"rendered":"TRIBUNE : \u00c9viter au Burkina Faso, au Sahel et \u00e0 l\u2019Afrique de l\u2019Ouest une nouvelle d\u00e9cennie d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 exige de la lucidit\u00e9 (et une utilisation rationnelle de notre temps)"},"content":{"rendered":"<p>Je le rappelle \u00e0 chaque fois que j\u2019en ai l\u2019occasion, \u00e0 ces nombreux ateliers, conf\u00e9rences, tables rondes, sur le Sahel et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest: l\u2019ann\u00e9e qui se termine dans quelques semaines marque d\u00e9j\u00e0 dix ans de crise profonde au Mali, puis dans tout son voisinage imm\u00e9diat, une crise multidimensionnelle comme on dit de mani\u00e8re un peu savante. Dix ann\u00e9es depuis le d\u00e9but des r\u00e9bellions arm\u00e9es au nord du Mali et du premier coup d\u2019\u00c9tat de la nouvelle phase d\u2019instabilit\u00e9 politique dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Dix ann\u00e9es pendant lesquelles la violence, la peur et l\u2019exode des populations rurales se sont export\u00e9s dans de nombreuses r\u00e9gions du Mali, puis du Burkina Faso et du Niger. Dix ann\u00e9es qui sont venues s\u2019ajouter \u00e0 une autre d\u00e9cennie pendant laquelle un autre pays ouest-africain, tout \u00e0 fait connect\u00e9 aux espaces sah\u00e9liens, le pays de loin le plus peupl\u00e9 et le plus puissant de la r\u00e9gion, le Nigeria, faisait l\u2019exp\u00e9rience douloureuse de violences extr\u00eames incarn\u00e9es par le groupe Boko Haram.<\/p>\n<p>Prenez juste un moment pour vous demander ce qu\u2019on aurait pu faire de plus, de mieux, de diff\u00e9rent, sur le plan \u00e9conomique, social, humain, culturel, infrastructurel, dans la vaste zone allant de la bande c\u00f4ti\u00e8re partant du sud du Nigeria au sud de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, jusqu\u2019au nord du Mali, du Niger, de la Mauritanie, de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest c\u00f4ti\u00e8re \u00e0 la lisi\u00e8re du Sahara, si on n\u2019avait pas laiss\u00e9 \u00e9merger et se consolider pendant les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies autant de zones de conflits, de violence, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, de criminalit\u00e9 organis\u00e9e, de polarisation entre des communaut\u00e9s ethnoculturelles, d\u2019extr\u00e9misme religieux\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"td-modal-image wp-image-629  alignleft\" src=\"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi-300x219.jpg\" alt=\"\" width=\"549\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi-300x219.jpg 300w, https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi-768x561.jpg 768w, https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi-696x508.jpg 696w, https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi-575x420.jpg 575w, https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/yabi.jpg 950w\" sizes=\"(max-width: 549px) 100vw, 549px\" \/><\/p>\n<p>Giles YabiLe Burkina Faso appara\u00eet aujourd\u2019hui comme le pays qui se retrouve dans la situation de fragilit\u00e9 la plus grave, les deux derniers coups d\u2019\u00c9tat n\u2019en \u00e9tant que le r\u00e9v\u00e9lateur le plus explicite. Sauver le Burkina Faso est la priorit\u00e9 parmi les priorit\u00e9s du moment au Sahel et en Afrique de l\u2019Ouest. Je le disais aussi r\u00e9cemment dans une r\u00e9union : on est fatigu\u00e9 de devoir d\u00e9sormais syst\u00e9matiquement parler de \u00ab Sahel et Afrique de l\u2019Ouest \u00bb comme s\u2019il s\u2019agissait de deux r\u00e9gions distinctes aux fronti\u00e8res claires dont les dynamiques ne sont pas intimement li\u00e9es.<\/p>\n<p>Le Burkina Faso offre la meilleure illustration de l\u2019inconsistance de cette approche fragment\u00e9e de cette partie du continent: son effondrement \u00e0 partir de ses fronti\u00e8res nord signifierait aussi une menace permanente et vitale pour la s\u00e9curit\u00e9 et la stabilit\u00e9 du B\u00e9nin, du Togo, du Ghana, de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Autant dire partout en Afrique de l\u2019Ouest. C\u2019est une raison de plus pour que tout soit fait pour stopper la course du Burkina Faso vers l\u2019ab\u00eeme.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 de celle et de ceux qui ont le pouvoir de prendre des d\u00e9cisions cruciales, ou qui sont les mieux plac\u00e9s pour influencer ceux qui prennent les d\u00e9cisions, est de se donner le maximum de chances de ne pas faire les choix qui peuvent aggraver une situation d\u00e9j\u00e0 critique et, de mani\u00e8re plus ambitieuse, de faire des choix qui peuvent contribuer \u00e0 remonter, petit \u00e0 petit mais r\u00e9solument, la pente.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 de la communaut\u00e9 plus large des citoyens des pays ouest-africains qui se sentent concern\u00e9s par la d\u00e9gradation s\u00e9curitaire r\u00e9gionale au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, ou des vingt, et en particulier de ceux qui ont travaill\u00e9 sp\u00e9cifiquement sur les questions s\u00e9curitaires et politiques et ont \u00e9crit des articles, des rapports, formul\u00e9 des propositions, alert\u00e9 sur la complexification des menaces, est de continuer \u00e0 produire et \u00e0 partager des id\u00e9es, de ne jamais c\u00e9der \u00e0 la tentation de la r\u00e9signation.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e 2022 est de contribuer \u00e0 ce que l\u2019Afrique de l\u2019Ouest de 2032 ne soit pas beaucoup plus troubl\u00e9e, chaotique, violente, que celle de 2022, que les zones d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ne se soient pas \u00e9tendues \u00e0 de nouveaux territoires sah\u00e9liens et c\u00f4tiers. Quel est le message principal qu\u2019il me semble urgent de porter? Il consiste en \u00e0 dire quelques petites choses simples :<\/p>\n<ol>\n<li>La recherche de la souverainet\u00e9, de la \u00abvraie ind\u00e9pendance\u00bb, la d\u00e9nonciation du n\u00e9ocolonialisme dans toutes ses versions modernes et subtiles et l\u2019affirmation d\u2019une farouche volont\u00e9 de se faire respecter en tant que nation, en tant que communaut\u00e9 humaine, en tant que peuples, tout cela est largement partag\u00e9 par beaucoup d\u2019Africains. Et l\u00e9gitime. Tout cela parle beaucoup aux jeunesses africaines, particuli\u00e8rement \u00e0 celles des pays qui ont connu la colonisation fran\u00e7aise. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat pour un pays d\u2019\u00eatre de plus en plus souverain, mais aussi de plus en plus faible et de plus en plus d\u00e9truit est limit\u00e9.<\/li>\n<li>Le \u00absankarisme\u00bb, ce qu\u2019il v\u00e9hicule comme valeurs, comme d\u00e9termination, comme don de soi pour l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, pour celui de la nation, cela est, reste et doit rester un formidable h\u00e9ritage \u00e0 cultiver, \u00e0 convoquer pour inspirer l\u2019action politique, l\u2019action publique, l\u2019action collective, l\u2019action et les comportements individuels. Dans le pays de Thomas Sankara, le Burkina Faso, comme dans les autres pays de la r\u00e9gion et bien au-del\u00e0. Mais en 2022-2023, dans des pays dont les \u00c9tats ne contr\u00f4lent plus de grandes parties de leurs territoires, qui comptent des millions de d\u00e9plac\u00e9s qu\u2019il faut nourrir, int\u00e9grer dans de nouvelles localit\u00e9s aux infrastructures et aux opportunit\u00e9s \u00e9conomiques limit\u00e9es, les convictions id\u00e9ologiques, la d\u00e9termination, la volont\u00e9 de servir la nation, le courage personnel, ne suffisent pas \u00e0 garantir des r\u00e9sultats sur le plan de la restauration de la s\u00e9curit\u00e9 et de la coh\u00e9sion nationale. Au Burkina Faso, au Mali, au Niger, ce qui va compter pendant les prochains mois et les prochaines ann\u00e9es, ce sont les r\u00e9sultats s\u00e9curitaires, \u00e9conomiques et sociaux concrets, pour les populations, partout o\u00f9 elles vivent sur leurs territoires respectifs nationaux. Les slogans patriotiques ne suffiront pas.<\/li>\n<li>Quand on fait face \u00e0 autant de d\u00e9fis et que la situation initiale est fort difficile, en termes de menaces et en termes de ressources limit\u00e9es dont on dispose pour y r\u00e9pondre, de la conception des strat\u00e9gies \u00e0 la mise en \u0153uvre effective des actions sur le terrain, les gouvernants d\u2019un pays doivent puiser des id\u00e9es partout, au sein de leur soci\u00e9t\u00e9 et en dehors. Pour nourrir leurs r\u00e9flexions, leurs d\u00e9cisions et la correction rapide de ces derni\u00e8res lorsqu\u2019elles ne donnent pas de r\u00e9sultats. Ce n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas dans un contexte de verrouillage des classes politiques, des soci\u00e9t\u00e9s civiles, des m\u00e9dias, de tous ceux qui pensent librement, que les d\u00e9cideurs ont le plus de chances de b\u00e9n\u00e9ficier des intelligences individuelles de leurs concitoyens et de l\u2019intelligence collective de leur soci\u00e9t\u00e9.<\/li>\n<li>Cela est aussi vrai pour les relations avec les pays voisins, et les pays m\u00eame lointains qui ont des moyens d\u2019action diplomatiques, militaires, \u00e9conomiques significatifs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, les grandes, moyennes et petites puissances. Dans le contexte de grande faiblesse des \u00c9tats du Sahel, &#8211; qu\u2019ils soient tr\u00e8s riches en ressources naturelles ou pas, qu\u2019ils aient de glorieux pass\u00e9s imp\u00e9riaux ou pas \u2013, ce n\u2019est pas une bonne id\u00e9e de cultiver l\u2019isolement dans un monde o\u00f9 les interd\u00e9pendances sont multiples, complexes et en partie, insaisissables.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Parce que le sc\u00e9nario de la poursuite de la d\u00e9gradation s\u00e9curitaire et politique est possible, celui qui verrait 2032 voire 2027 bien pire que 2022, nous ne pouvons pas, nous, adopter la posture d&rsquo;analystes d\u00e9tach\u00e9s, d&rsquo;experts, de consultants, de chercheurs sp\u00e9cialistes du Sahel qui \u00e9crivent des centaines d\u2019articles, d\u2019\u00e9tudes, de notes sur la r\u00e9gion depuis une d\u00e9cennie. Nous ne pouvons pas nous contenter d\u2019observer, de d\u00e9crire, de commenter la lente d\u00e9sagr\u00e9gation de la r\u00e9gion, sans se sentir personnellement concern\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y a en Afrique de l\u2019Ouest, comme partout ailleurs sur le continent, une formidable \u00e9nergie, des entrepreneurs g\u00e9niaux et g\u00e9n\u00e9reux, des cr\u00e9ateurs soucieux de contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie de leurs concitoyens. On observe aussi des progr\u00e8s importants dans la r\u00e9gion dans divers domaines, comme celui des infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques, port\u00e9s par quelques organisations r\u00e9gionales qui fonctionnent. Mais le potentiel de cette r\u00e9gion restera largement sous-exploit\u00e9 tant que planeront sur plusieurs pays, un ou deux de plus au cours de chaque nouvelle d\u00e9cennie, la menace de la violence arm\u00e9e, de la criminalisation des \u00c9tats et de la fragmentation de leurs soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Ah oui, un dernier message, peut-\u00eatre le plus important pour chacune et chacun de nous : faisons attention \u00e0 l\u2019usage que nous faisons de notre temps. Que pourrions-nous faire de plus pour renforcer nos institutions politiques, s\u00e9curitaires, \u00e9ducatives, \u00e9conomiques, sociales, culturelles, si on diminuait de moiti\u00e9, ou des deux tiers, le temps pass\u00e9 \u00e0 d\u00e9nicher et \u00e0 d\u00e9noncer les complots \u2013 r\u00e9els et imaginaires &#8211; ourdis contre chacun des pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest par \u00ab les autres \u00bb et qu\u2019on r\u00e9affectait ce temps \u00e0 des usages plus productifs ?<\/p>\n<p>L\u2019une des cl\u00e9s du futur du continent africain r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de ses enfants \u00e0 r\u00e9sister aux usages irrationnels de leur temps, dans leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister aux distractions dont l\u2019offre n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi massive, accessible et s\u00e9duisante. Ceux qui s&rsquo;en sortiront le mieux, dans toutes les r\u00e9gions du monde, sont ceux qui r\u00e9ussiront \u00e0 distraire constamment les autres de leurs priorit\u00e9s sans jamais perdre de vue la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats les plus vitaux.<\/p>\n<p><strong>Par Gilles Yabi<\/strong><\/p>\n<p><em>Gilles Yabi est le fondateur et directeur ex\u00e9cutif de WATHI. Il oriente et supervise les activit\u00e9s du think tank dont l\u2019\u00e9quipe permanente est bas\u00e9e \u00e0 Dakar (S\u00e9n\u00e9gal). WATHI est une plateforme ouverte de production et de diss\u00e9mination de connaissances et de propositions sur toutes les questions cruciales pour le pr\u00e9sent et le futur de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et des autres r\u00e9gions du continent.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je le rappelle \u00e0 chaque fois que j\u2019en ai l\u2019occasion, \u00e0 ces nombreux ateliers, conf\u00e9rences, tables rondes, sur le Sahel et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest: l\u2019ann\u00e9e qui se termine dans quelques semaines marque d\u00e9j\u00e0 dix ans de crise profonde au Mali, puis dans tout son voisinage imm\u00e9diat, une crise multidimensionnelle comme on dit de mani\u00e8re un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":853,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":{"0":"post-775","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-contributions"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775"}],"collection":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=775"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":854,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/775\/revisions\/854"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/853"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=775"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=775"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=775"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}