{"id":1070,"date":"2023-02-05T19:25:36","date_gmt":"2023-02-05T19:25:36","guid":{"rendered":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/?p=1070"},"modified":"2023-02-05T19:32:02","modified_gmt":"2023-02-05T19:32:02","slug":"amilcar-cabral-et-lethique-de-la-lutte-lecons-pour-lafrique-de-louest-daujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rasa-africa.org\/fr\/2023\/02\/05\/amilcar-cabral-et-lethique-de-la-lutte-lecons-pour-lafrique-de-louest-daujourdhui\/","title":{"rendered":"Amilcar Cabral et l\u2019\u00e9thique de la lutte: le\u00e7ons pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/podcasts\/%C3%A7a-fait-d%C3%A9bat-wathi\/\">\u00c7A FAIT D\u00c9BAT AVEC WATHI<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Amilcar Cabral, personnage important de l\u2019histoire de la d\u00e9colonisation du continent, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 20 janvier 1973 \u00e0 Conakry en Guin\u00e9e. Pourquoi le combat politique d\u2019Amilcar Cabral dans la Guin\u00e9e portugaise de l\u2019\u00e9poque m\u00e9rite autant d\u2019\u00eatre connu ?<br>Amilcar Cabral n\u2019est pas le plus connu parmi les grandes figures de l\u2019histoire des luttes pour les ind\u00e9pendances africaines. Il est heureux que le 50e anniversaire de sa disparition tragique permette de faire mieux conna\u00eetre cette histoire qui lie le Cap-Vert et la Guin\u00e9e-Bissau, les deux pays lusophones d\u2019Afrique de l\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 de parents capverdiens en Guin\u00e9e-Bissau, Amilcar Cabral a fait des \u00e9tudes d\u2019agronomie au Portugal, y a rencontr\u00e9 d\u2019autres jeunes issus des colonies portugaises de l\u2019\u00e9poque, notamment d\u2019Angola et du Mozambique. De retour en Guin\u00e9e-Bissau, Cabral participe en 1956 \u00e0 la cr\u00e9ation du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e et du Cap-Vert (PAIGC) qui d\u00e9clenchera la lutte arm\u00e9e dans les campagnes de Guin\u00e9e-Bissau quelques ann\u00e9es plus tard. Cabral est alors l\u2019id\u00e9ologue, le th\u00e9oricien, le diplomate aussi, qui orchestre une lutte arm\u00e9e ordonn\u00e9e, pens\u00e9e, efficace contre l\u2019arm\u00e9e coloniale portugaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Amilcar Cabral et ses comp\u00e8res du PAIGC m\u00e8nent une lutte qui s\u2019accompagne d\u2019une politique d\u2019encadrement des populations des zones rurales contr\u00f4l\u00e9es par le mouvement avec une priorit\u00e9 claire \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la culture et \u00e0 la production agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement cr\u00e9e des \u00e9coles, forme des enseignants, organise les populations pour qu\u2019elles produisent ce dont elles ont besoin pour vivre. Les discours et les \u00e9crits de Cabral en disent long sur la clart\u00e9 de sa vision et sur son \u00e9thique de la lutte. Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation de partager deux citations : \u00ab La lib\u00e9ration nationale, la lutte contre le colonialisme, la construction de la paix, le progr\u00e8s et l\u2019ind\u00e9pendance sont des mots vides d\u00e9vou\u00e9s de signification s\u2019ils ne peuvent pas se traduire par une v\u00e9ritable am\u00e9lioration des conditions de vie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et celle-ci aussi, remarquable : \u00ab Les colonialistes ont l\u2019habitude de dire que eux, ils nous ont fait rentrer dans l\u2019histoire. Nous d\u00e9montrerons aujourd\u2019hui que non : ils nous ont fait sortir de l\u2019histoire, de notre propre histoire, pour nous forcer \u00e0 les suivre dans leur train, \u00e0 la derni\u00e8re place, dans le train de leur histoire. \u00bb Cet extrait d\u2019un discours \u00e0 une conf\u00e9rence \u00e0 Dar es Salam en Tanzanie en 1965 aurait \u00e9t\u00e9 suffisant pour r\u00e9pondre \u00e0 un homme politique europ\u00e9en qui est venu il y a quelques ann\u00e9es en terre africaine affirmer que l\u2019Afrique n\u2019\u00e9tait pas entr\u00e9e dans l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En quoi la pens\u00e9e et l\u2019action d\u2019Amilcar Cabral peuvent-elles encore servir aujourd\u2019hui de source d\u2019inspiration ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, Cabral nous enseigne que les id\u00e9es, la pens\u00e9e, la th\u00e9orie qui supposent une argumentation logique et rigoureuse, sont ins\u00e9parables de l\u2019action et que les deux se nourrissent r\u00e9ciproquement. Ensuite, et cela me semble capital, ce que nous dit l\u2019engagement de Cabral et de ses compagnons, c\u2019est que la mani\u00e8re dont on m\u00e8ne une lutte est aussi importante que la justesse de la cause. En fait, la mani\u00e8re dont on m\u00e8ne la lutte est un d\u00e9terminant majeur de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ceux qui la portent. Pour Cabral, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des populations \u00e9tait indissociable de la lutte de lib\u00e9ration. La fin ne justifiait clairement pas \u00e0 ses yeux tous les moyens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019aujourd\u2019hui, la fin ne justifie pas non plus tous les moyens. La lutte contre le terrorisme et la qu\u00eate de souverainet\u00e9 ne justifient pas des exactions contre des cat\u00e9gories de la population civile, la restriction des libert\u00e9s et la d\u00e9gradation des conditions de vie des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que jamais, il faut donner une grande place aux enseignements et aux d\u00e9bats sur les \u00e9pisodes historiques comme la lutte de lib\u00e9ration du PAIGC, sur l\u2019\u00e9limination physique de la plupart des figures africaines les plus int\u00e8gres et courageuses des mobilisations anticoloniales. On peut le faire sans c\u00e9der \u00e0 la tentation de l\u2019idol\u00e2trie, de la falsification des faits et de leur exploitation pour alimenter le ressentiment, la haine et des passions improductives.<br>Amilcar Cabral, personnage important de l\u2019histoire de la d\u00e9colonisation du continent, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 20 janvier 1973 \u00e0 Conakry en Guin\u00e9e. Pourquoi le combat politique d\u2019Amilcar Cabral dans la Guin\u00e9e portugaise de l\u2019\u00e9poque m\u00e9rite autant d\u2019\u00eatre connu ?<br>Amilcar Cabral n\u2019est pas le plus connu parmi les grandes figures de l\u2019histoire des luttes pour les ind\u00e9pendances africaines. Il est heureux que le 50e anniversaire de sa disparition tragique permette de faire mieux conna\u00eetre cette histoire qui lie le Cap-Vert et la Guin\u00e9e-Bissau, les deux pays lusophones d\u2019Afrique de l\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 de parents capverdiens en Guin\u00e9e-Bissau, Amilcar Cabral a fait des \u00e9tudes d\u2019agronomie au Portugal, y a rencontr\u00e9 d\u2019autres jeunes issus des colonies portugaises de l\u2019\u00e9poque, notamment d\u2019Angola et du Mozambique. De retour en Guin\u00e9e-Bissau, Cabral participe en 1956 \u00e0 la cr\u00e9ation du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e et du Cap-Vert (PAIGC) qui d\u00e9clenchera la lutte arm\u00e9e dans les campagnes de Guin\u00e9e-Bissau quelques ann\u00e9es plus tard. Cabral est alors l\u2019id\u00e9ologue, le th\u00e9oricien, le diplomate aussi, qui orchestre une lutte arm\u00e9e ordonn\u00e9e, pens\u00e9e, efficace contre l\u2019arm\u00e9e coloniale portugaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Amilcar Cabral et ses comp\u00e8res du PAIGC m\u00e8nent une lutte qui s\u2019accompagne d\u2019une politique d\u2019encadrement des populations des zones rurales contr\u00f4l\u00e9es par le mouvement avec une priorit\u00e9 claire \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la culture et \u00e0 la production agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement cr\u00e9e des \u00e9coles, forme des enseignants, organise les populations pour qu\u2019elles produisent ce dont elles ont besoin pour vivre. Les discours et les \u00e9crits de Cabral en disent long sur la clart\u00e9 de sa vision et sur son \u00e9thique de la lutte. Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation de partager deux citations : \u00ab La lib\u00e9ration nationale, la lutte contre le colonialisme, la construction de la paix, le progr\u00e8s et l\u2019ind\u00e9pendance sont des mots vides d\u00e9vou\u00e9s de signification s\u2019ils ne peuvent pas se traduire par une v\u00e9ritable am\u00e9lioration des conditions de vie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et celle-ci aussi, remarquable : \u00ab Les colonialistes ont l\u2019habitude de dire que eux, ils nous ont fait rentrer dans l\u2019histoire. Nous d\u00e9montrerons aujourd\u2019hui que non : ils nous ont fait sortir de l\u2019histoire, de notre propre histoire, pour nous forcer \u00e0 les suivre dans leur train, \u00e0 la derni\u00e8re place, dans le train de leur histoire. \u00bb Cet extrait d\u2019un discours \u00e0 une conf\u00e9rence \u00e0 Dar es Salam en Tanzanie en 1965 aurait \u00e9t\u00e9 suffisant pour r\u00e9pondre \u00e0 un homme politique europ\u00e9en qui est venu il y a quelques ann\u00e9es en terre africaine affirmer que l\u2019Afrique n\u2019\u00e9tait pas entr\u00e9e dans l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En quoi la pens\u00e9e et l\u2019action d\u2019Amilcar Cabral peuvent-elles encore servir aujourd\u2019hui de source d\u2019inspiration ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, Cabral nous enseigne que les id\u00e9es, la pens\u00e9e, la th\u00e9orie qui supposent une argumentation logique et rigoureuse, sont ins\u00e9parables de l\u2019action et que les deux se nourrissent r\u00e9ciproquement. Ensuite, et cela me semble capital, ce que nous dit l\u2019engagement de Cabral et de ses compagnons, c\u2019est que la mani\u00e8re dont on m\u00e8ne une lutte est aussi importante que la justesse de la cause. En fait, la mani\u00e8re dont on m\u00e8ne la lutte est un d\u00e9terminant majeur de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ceux qui la portent. Pour Cabral, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des populations \u00e9tait indissociable de la lutte de lib\u00e9ration. La fin ne justifiait clairement pas \u00e0 ses yeux tous les moyens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019aujourd\u2019hui, la fin ne justifie pas non plus tous les moyens. La lutte contre le terrorisme et la qu\u00eate de souverainet\u00e9 ne justifient pas des exactions contre des cat\u00e9gories de la population civile, la restriction des libert\u00e9s et la d\u00e9gradation des conditions de vie des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que jamais, il faut donner une grande place aux enseignements et aux d\u00e9bats sur les \u00e9pisodes historiques comme la lutte de lib\u00e9ration du PAIGC, sur l\u2019\u00e9limination physique de la plupart des figures africaines les plus int\u00e8gres et courageuses des mobilisations anticoloniales. On peut le faire sans c\u00e9der \u00e0 la tentation de l\u2019idol\u00e2trie, de la falsification des faits et de leur exploitation pour alimenter le ressentiment, la haine et des passions improductives.<\/p>\n\n\n\n<p>Source: RFI<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.rfi.fr\/fr\/podcasts\/%C3%A7a-fait-d%C3%A9bat-avec-wathi\/20230204-amilcar-cabral-et-l-%C3%A9thique-de-la-lutte-le%C3%A7ons-pour-l-afrique-de-l-ouest-d-aujourd-hui\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7A FAIT D\u00c9BAT AVEC WATHI Amilcar Cabral, personnage important de l\u2019histoire de la d\u00e9colonisation du continent, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 20 janvier 1973 \u00e0 Conakry en Guin\u00e9e. 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