{"id":1485,"date":"2020-12-08T01:13:40","date_gmt":"2020-12-08T01:13:40","guid":{"rendered":"http:\/\/rasa-africa.org\/?p=1485"},"modified":"2023-01-06T03:39:25","modified_gmt":"2023-01-06T03:39:25","slug":"les-africains-nont-pas-besoin-dune-monnaie-unique-ndongo-samba-sylla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/2020\/12\/08\/les-africains-nont-pas-besoin-dune-monnaie-unique-ndongo-samba-sylla\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Africans do not need a single currency\u00a0\u00bb, Ndongo Samba SYLLA"},"content":{"rendered":"\r\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce d\u2019une r\u00e9forme du franc CFA, l\u2019\u00e9conomiste s\u00e9n\u00e9galais pr\u00f4ne une refonte totale du syst\u00e8me mon\u00e9taire ouest-africain.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p id=\"js-authors-trigger\">Propos recueillis par\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/signataires\/severine-kodjo-grandvaux\">S\u00e9verine Kodjo-Grandvaux<\/a>, dans Le Monde Afrique, publi\u00e9 le 19 janvier 2020<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour l\u2019\u00e9conomiste s\u00e9n\u00e9galais Ndongo Samba Sylla, la r\u00e9forme du franc CFA en Afrique de l\u2019Ouest, annonc\u00e9e le 21\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019 par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara, est loin d\u2019\u00eatre la panac\u00e9e. Au-del\u00e0 du symbole qui consiste \u00e0 renommer \u00ab\u00a0\u00e9co\u00a0\u00bb la monnaie unique ouest-africaine, c\u2019est tout un syst\u00e8me qui doit \u00eatre remis \u00e0 plat, estime-t-il. Selon le coauteur, avec Fanny Pigeaud, de\u00a0<em>L\u2019Arme invisible de la Fran\u00e7afrique. Une histoire du franc CFA<\/em>\u00a0(\u00e9d.\u00a0La D\u00e9couverte, 2018), les Etats africains devraient plut\u00f4t mettre en place des monnaies nationales souveraines.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Jeudi 16\u00a0janvier, le Nigeria et plusieurs pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, notamment anglophones, ont d\u00e9nonc\u00e9 la d\u00e9cision de remplacer le franc CFA par l\u2019\u00e9co, et rappel\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de suivre la feuille de route pour l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une monnaie unique dans la r\u00e9gion. De quoi s\u2019agit-il exactement\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le projet de monnaie unique pour les quinze pays de la C\u00e9d\u00e9ao\u00a0<em>[Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats d\u2019Afrique de l\u2019Ouest]<\/em>\u00a0date des ann\u00e9es 1980 et a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Mais en juin\u00a02019, cette monnaie a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e9co\u00a0\u00bb \u2013 qui est le diminutif d\u2019Ecowas (C\u00e9d\u00e9ao, en fran\u00e7ais). Selon la feuille de route, elle devait \u00eatre g\u00e9r\u00e9e par une banque centrale f\u00e9d\u00e9rale et fix\u00e9e, non pas \u00e0 l\u2019euro, mais \u00e0 un panier de devises (euro, dollar, etc.).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L\u2019annonce d\u2019Emmanuel Macron et d\u2019Alassane Dramane Ouattara de renommer le franc CFA \u00ab\u00a0\u00e9co\u00a0\u00bb est une usurpation, un kidnapping. Mais \u00e0 mon sens, l\u2019\u00e9co de la C\u00e9d\u00e9ao n\u2019est clairement pas l\u2019alternative qu\u2019il faut pour les pays africains, car ils devront remplir des crit\u00e8res de convergence. Aujourd\u2019hui, seul le Togo en est capable.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Que vont devoir faire les Etats pour remplir les crit\u00e8res de convergence\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le projet de la C\u00e9d\u00e9ao s\u2019inspire \u00e0 100\u00a0% de la zone euro qui avait \u00e9tabli un certain nombre de crit\u00e8res, les fameux crit\u00e8res de Maastricht\u00a0<em>[qui imposent la ma\u00eetrise de l\u2019inflation, du d\u00e9ficit public, de la dette publique]<\/em>. Or ils ne sont absolument pas adapt\u00e9s \u00e0 nos pays volatils. Le Cap-Vert, par exemple, a un taux d\u2019endettement de plus de 100\u00a0%. Pour parvenir \u00e0 moins de 70\u00a0%, il devra mettre en place un programme d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Tout comme la Gambie. Le Liberia, la Guin\u00e9e, la Sierra Leone et le Nigeria ont des taux d\u2019inflation \u00e0 deux chiffres. Pour qu\u2019ils descendent sous les 5\u00a0%, ils vont devoir mettre en place, eux aussi, des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui vont certes diminuer l\u2019inflation, mais qui vont augmenter leur dette publique.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Que faudrait-il faire alors\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Selon moi \u2013 c\u2019est un point de vue tr\u00e8s minoritaire \u2013, on doit se demander si les Africains ont besoin d\u2019une monnaie unique \u00e0 quinze. Je ne le pense pas. De tous les travaux \u00e9conomiques qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s, aucun ne montre que les pays qui utilisent le franc CFA en Afrique centrale ou en Afrique de l\u2019Ouest devraient partager la m\u00eame monnaie. Car les crit\u00e8res d\u2019une zone mon\u00e9taire optimale ne sont pas remplis. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, chacun de ces pays devrait avoir sa propre monnaie nationale. Les avantages \u00e0 maintenir le CFA sont inf\u00e9rieurs aux inconv\u00e9nients.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Pour avoir une monnaie unique, il faut un taux d\u2019\u00e9change important dans la zone comme c\u2019\u00e9tait le cas pour la zone euro qui avait un taux de 60\u00a0%. Or le taux de commerce entre les pays africains est tr\u00e8s faible, tout juste 5\u00a0%, en Afrique centrale. Le seul argument en faveur d\u2019une monnaie unique serait peut-\u00eatre qu\u2019elle soit pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un gouvernement unique avec un minist\u00e8re des finances f\u00e9d\u00e9ral, capable de mener une politique de solidarit\u00e9 entre les pays.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Chaque Etat devrait donc avoir sa monnaie nationale\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Oui, c\u2019est important. Si vous n\u2019avez pas votre propre monnaie nationale, vous ne pouvez pas assurer votre ind\u00e9pendance financi\u00e8re. A part les pays de la zone CFA, ceux de la zone euro et ceux de l\u2019Union mon\u00e9taire des Cara\u00efbes orientales, tous les autres pays au monde ont leur propre monnaie nationale. Dans la logique de la finance globale, les Etats doivent \u00eatre dessaisis du pouvoir de cr\u00e9ation mon\u00e9taire qui revient\u00a0<em>in fine<\/em>\u00a0aux banques centrales dites ind\u00e9pendantes. Le pouvoir mon\u00e9taire est beaucoup plus fort que le pouvoir budg\u00e9taire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Quand il y a des crises, les Etats sont contraints \u00e0 limiter leurs d\u00e9penses. La seule mani\u00e8re de r\u00e9agir, c\u2019est alors d\u2019entreprendre des r\u00e9formes structurelles, c\u2019est-\u00e0-dire de diminuer le co\u00fbt du travail et les charges pour les entreprises et de taxer les classes moyennes et populaires. C\u2019est ce que nos dirigeants et nos \u00e9conomistes doivent comprendre. Il n\u2019y a pas de d\u00e9mocratie si le peuple ne contr\u00f4le pas l\u2019instrument mon\u00e9taire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>N\u2019y a-t-il pas un risque d\u2019inflation voire de d\u00e9valuation si l\u2019on met en place rapidement une monnaie flexible\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En fait, le projet de l\u2019\u00e9co n\u2019est pas d\u2019avoir une monnaie flexible, mais un ancrage fixe \u00e0 un panier de devises et non plus uniquement \u00e0 l\u2019euro. Le Ghana et le Nigeria ont une tradition d\u2019un taux de change flexible. Mais jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, le Nigeria n\u2019est pas int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019\u00e9co. Il abrite 200\u00a0millions d\u2019habitants, 400\u00a0millions dans vingt-cinq ou trente ans. Il repr\u00e9sente plus des deux tiers du produit int\u00e9rieur brut de la C\u00e9d\u00e9ao. Il n\u2019acceptera jamais de faire partie d\u2019une zone \u00e9co s\u2019il n\u2019a pas le leadership.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Quelles seraient les cons\u00e9quences d\u2019un \u00e9co faible pour les \u00e9conomies des pays concern\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je n\u2019aime pas ces notions de monnaie forte ou faible. Car, quand les monnaies sont trop fortes, on doit pr\u00e9voir une d\u00e9valuation. Et avoir une monnaie qui se d\u00e9pr\u00e9cie dans des pays qui importent, comme c\u2019est le cas en Afrique o\u00f9 les produits export\u00e9s sont des produits primaires dont le prix est fix\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, cr\u00e9e de l\u2019inflation. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est une monnaie souveraine, c\u2019est-\u00e0-dire qui garantisse l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re de l\u2019Etat, qui peut financer les services publics, participer au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, sans s\u2019endetter en monnaie \u00e9trang\u00e8re. Cela demande des r\u00e9formes importantes du secteur bancaire. On peut se d\u00e9barrasser de l\u2019influence fran\u00e7aise, mais la souverainet\u00e9 appartient aux banques, pas aux Etats. C\u2019est beaucoup plus important que tout le reste.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00a0<\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00a0<\/h3>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce d\u2019une r\u00e9forme du franc CFA, l\u2019\u00e9conomiste s\u00e9n\u00e9galais pr\u00f4ne une refonte totale du syst\u00e8me mon\u00e9taire ouest-africain. Propos recueillis par\u00a0S\u00e9verine Kodjo-Grandvaux, dans Le Monde Afrique, publi\u00e9 le 19 janvier 2020 Pour l\u2019\u00e9conomiste s\u00e9n\u00e9galais Ndongo Samba Sylla, la r\u00e9forme du franc CFA en Afrique de l\u2019Ouest, annonc\u00e9e le 21\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019 par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4459,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[],"class_list":{"0":"post-1485","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-economy-development"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1485"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1485\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4460,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1485\/revisions\/4460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rasa-africa.org\/ens\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}