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Et si l’on pensait différemment l’industrialisation de l’Afrique ?

La promotion de l’industrialisation du continent repose sur des schémas datés et des solutions obsolètes à l'heure des nouvelles technologies.

L’explosion démographique du continent oppose deux visions : le dividende démographique et le piège démographique. La première voit dans la démographique du continent passant de 1,2 milliard d’individus à 2 milliards de personnes dans les vingt-cinq prochaines années une source de vitalité et de jeunesse offrant au monde la première source de main d’œuvre. Cette vitalité a expliqué une partie de la croissance du continent début le début du siècle.

La deuxième estime à l’inverse que l’exploitation démographique représente la plus grande menace pour le continent dans la mesure où il s’agit d’une démographie non maîtrisée (des études estiment à 4 milliards d’Africains en 2100) rendant impossible son absorption économique. À cet égard, les taux de croissance souvent mis en avant par différents responsables politiques ou économiques montrant le dynamisme de l’Afrique avec un taux moyen de 5 % par an reste très insuffisant pour permettre un croissance par tête suffisante pour permettre un décollage des économies.

L’industrialisation de l’Afrique constituerait dès lors la solution permettant au continent employer ses millions de jeunes et assurer sa croissance sur le long terme. Elle constitue ainsi un pilier fondamental du continent que la Banque africaine de développement a érigé comme l’une de ses priorités.

L’AFRIQUE N’EST PAS LA CHINE. LA CHINE EST UN PAYS ET NON UN CONTINENT DE 54 NATIONS

Cette approche, aussi louable soit-elle, semble passer à côté de l’essentiel. L’industrialisation ne constitue pas une fin et encore moins une politique, que ce soit en Afrique ou ailleurs, elle est un moyen pour atteindre un objectif : fournir des bassins d’emplois, créer des filières, développer des compétences, assurer un développement équitable des territoires, etc.

Il est frappant de constater que la promotion de l’industrialisation du continent repose sur des schémas datés et des solutions obsolètes : puisque l’Afrique est et sera dotée d’une main d’œuvre nombreuse et peu chère, elle deviendrait le nouvel atelier du monde dans les prochaines années. En somme, l’Afrique de demain n’a qu’à calquer le modèle chinois d’hier et son salut reposera sur l’absorption de dizaines de millions de jeunes sous-payés. Cette approche est une triple erreur.

D’abord, l’Afrique n’est pas la Chine. La Chine est un pays et non un continent de 54 nations. Elle a pu développer un système qui lui a réussi, fruit de ses structures économiques et sociales et de la taille immense de son marché domestique. Les grandes entreprises internationales ont accepté de se soumettre aux transferts technologiques uniquement parce qu’elles avaient la conviction que la Chine leur offrirait un nouveau marché quatre fois supérieur à celui des États-Unis. Ce n’est pas le cas de l’Afrique qui compte une kyrielle de micro-États côtoyant quelques futurs puissants (Nigeria, Éthiopie, Égypte, RDC).

Ensuite, le temps où la main d’œuvre à bas coûts était la solution pour compenser des systèmes de production trop onéreux dans les économies matures est en grande partie révolu. La forte automatisation des tâches, le besoin de proximité et de limiter les empreintes carbone, les limites du moindre coût n’offrent pas les mêmes perspectives que celles des années 1990.

Surtout, l’extraordinaire accélération des mutations technologiques – le développement des imprimantes 3D permettant de produire tout n’importe où -, le développement de l’intelligence artificielle, rendra l’avantage comparatif d’une main d’œuvre à bas coûts largement obsolète. Plus que jamais, le capital humain sera indispensable pour permettre aux économies de disposer de main d’œuvre qualifiée.

Dès lors, les millions de bras des jeunes Africains non formés, seront inutiles. Quelles sont alors les solutions ?

L’industrie doit suivre le même modèle que les services : le saut technologique – appelé leapfrog – doit aussi et surtout être développé dans l’industrie.

Ce saut passe par le développement de centres d’intelligence artificielle sur le continent et par le développement des industries du futur reposant sur les avantages comparatifs de chaque pays ou sous-région. Mais il faut être réaliste : il est illusoire de penser que les 54 pays du continent pourront appliquer cette solution avec succès. Elle passera par des avantages comparatifs ciblés.

UNE SOLUTION CONSISTERAIT À INVENTER LE MODÈLE D’UNE NOUVELLE SOCIÉTÉ PLUTÔT QUE DE VOULOIR SIMPLEMENT CALQUER UN MODÈLE ANCIEN INADAPTÉ AUX RÉALITÉS

Un pays comme le Rwanda l’a parfaitement compris. Petit pays, son modèle de croissance ne peut être le même que son voisin géant (la RDC) ou de ce que sera le Nigeria de demain (une petite Chine avec plus de 300 millions d’habitants). Des solutions innovantes doivent être mises en œuvre pour lier les opportunités offertes par le continent et les offres technologiques pour créer des chaînes de valeur intégrées. La formation et l’éducation doivent être la priorité absolue pour ces toutes prochaines années car l’essentiel de la stabilité et de la prospérité du continent se jouera en une génération.

Une autre solution – plus radicale – est de penser que l’explosion démographique dans un laps de temps si court ne pourra pas être absorbée ni industriellement ni économiquement. Il serait donc illusoire de penser que les économies du continent pourront créer des dizaines et des dizaines de millions d’emplois au regard des carences des systèmes éducatifs et des divergences économiques et sociales.

Une solution pourrait donc être disruptive et radicale : elle reposerait sur la mise en oeuvre d’un système d’allocation de ressources universelles (testées dans des communautés du Kenya, de Namibie et en Ouganda) assurant un minimum pour vivre et inventer le modèle d’une nouvelle société plutôt que de vouloir simplement calquer un modèle ancien inadapté aux réalités, défis et opportunités africaines.

Par Benoit Chervalier

Président et cofondateur de One2five Advisory, banque d’affaires spécialisée sur le continent africain, et enseignant à Sciences Po Paris et l’ESSEC business school « Doing Business in Africa »

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Dernière modification le mardi, 30 octobre 2018 14:32

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