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Un rapport sur l’Afrique bouscule la vision du développement

Revue Faim et Développement – CCFD-Terre Solidaire – Octobre 2018

Que le continent africain pense pour et par lui-même en dépassant la vision libérale occidentale, tel est le propos du premier Rapport alternatif sur l’Afrique publié en juillet 2018. Une réflexion qui pourrait bien faire bouger les contours de l’avenir du continent.

Il aura fallu deux ans pour publier la centaine de pages du premier Rapport alternatif sur l’Afrique (RASA) du réseau international d’Enda Tiers-Monde, à Dakar[1]. Le temps de rassembler intellectuels, activistes, citoyens, reflétant « la complexité et la diversité des acteurs qui font le continent autrement ». Défi « méthodologique, idéologique et stratégique » le rapport se veut un pavé dans la vision libérale occidentale. D’une seule et même voix, les auteurs remettent en cause les rapports internationaux sur l’Afrique produits par l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI…

Il s’agit surtout de « critiquer pour mieux corriger et non s’opposer frontalement » souligne le docteur Cheikh Gueye, secrétaire du RASA. « En dehors du continent, la vision sur l’Afrique est manichéenne : il y a ceux qui la dépeigne comme la terre de souffrance en proie à la misère qu’on doit assister, et d’autres comme le continent de l’avenir sur lequel il faut miser au vu de ses ressources naturelles. Il faut complexifier cette vision occidentale qui dicte les comportements dans une logique encore trop impérialiste. » Et cela passe par la remise en cause de la notion même de  « développement » dont « les paradigmes dominants ont présenté la croissance comme objectif » premier. Une logique, souligne le rapport, qui a « conduit à l’appauvrissement et au désespoir de milliards d’êtres humains notamment en Afrique ». « Ajustements structurels », « lutte contre la pauvreté », « émergence, » « ces concepts ne sont plus adéquats pour notre continent » explique Cheikh Gueye qui appelle à « repenser les indicateurs et les terminologies qui fondent la pensée économique classique ». Beaucoup d’économistes, comme le sénégalais Felwine Sarr, cherchent par exemple à dépasser l’indicateur de richesse du PIB, plaidant pour les concepts du « bien vivre » ou de « capabilités [2]», prenant en compte d’autres critères que la seule valeur marchande.

Rendre l’Afrique aux Africains

En filigrane, le rapport montre les étapes à suivre pour rendre l’Afrique aux Africains. Ses auteurs souhaitent en effet que le RASA devienne « un instrument incontournable d’influence des opinions africaines sur leur pays et leurs sociétés». Ils proposent aussi de réarticuler « tradition et modernité dans la gestion du pouvoir »« La religion par exemple, n’est jamais prise en compte dans les rapports. Enlevez là du quotidien des Africains et la société ne fonctionne plus pareil, idem pour la médecine traditionnelle. Le système libéral nie ces phénomène de société qui régissent les relations sociales africaines » poursuit Cheikh Gueye.

Autre proposition : que les Etats africains « décolonisent leurs économies » pour prioriser la consommation des populations locales et mettre fin « au statut de l’Afrique en tant que fournisseur de produits de base et de matières premières » de l’Occident… et au pillage des ressources. Un rapport[3]de la Banque africaine de développement de 2013 établissait qu’entre 2001 et 2010, 319 milliards de dollars ont été préemptés principalement sur les métaux (84 Md), le pétrole (79 Md), le gaz naturel et les minéraux (67 Md).

Enfin, une large partie du rapport est consacrée à la question du pouvoir et du modèle démocratique. « Lorsqu’on fait des sondages, la majorité des populations urbaines estiment que la démocratie est le meilleur régime politique. Mais dès qu’on sort des villes, les populations ne savent même pas comment fonctionne la démocratie et ne se sentent pas concernées » illustre Cheikh Gueye. Or, même les pays africains cités en modèles en matière de démocratie et de bonne gouvernance (Bostwana, Afrique du Sud, Sénégal, Zambie…) sont « loin d’être des démocraties parfaites » selon les auteurs. Elles sont certes dotées de règles démocratiques mais elles sont bafouées « systématiquement ou régulièrement ».

Dans un objectif pédagogique, les auteurs du rapport pointent donc l’enjeu fondamental de réconcilier l’Etat et la société n adaptant « les institutions et les règles de gouvernance avec les réalités des sociétés (…), tout en apportant des réponses concrètes et durables aux aspirations (…) des populations ».

Les membres du RASA n’en restent pas à l’écriture : durant les prochains mois ils entameront une tournée africaine pour présenter le rapport à Nairobi et Addis-Abeba, au siège de l’Union Africaine.

Clémentine Méténier

[1] Réseau international fondé à Dakar en 1972 par feu l’économiste Samir Amin entre autres, pour lutter « contre la marginalisation des défavorisés et pour le développement durable ».

[2] Approche théorisée par Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, qui souhaite prendre en compte les libertés, les opportunités d’être et de faire, et la qualité de vie des individus.

[3] Banque africaine de développement, Centre de développement de l’OCDE, Programme des Nations Unies pour le développement et Commission économique pour l’Afrique, 2013, Perspectives économiques en Afrique 2013, Tunis.

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Dernière modification le jeudi, 11 octobre 2018 15:30

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