« Quand on prend l’Afrique comme objet d’étude, il n’est pas du tout indiqué de faire comme si on évoluait dans des terres vierges », Pr A. Sakho*

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*Prof. Abdoulaye SAKHO, Agrégé des facultés de droit, Directeur fondateur du Master Droit et Economie du Sport Institut EDGE/CRES. Dakar.

12 décembre 2020

Un rapport très intéressant et fort utile pour les acteurs du sport africain. Il est intitulé « ECOSYSTEME DU SPORT EN AFRIQUE : DE POTENTIEL A LEVIER DE DEVELOPPEMENT ». C’est le résultat d’une étude conjointe d’un groupe international Mazars (spécialisé dans l’audit, la fiscalité et le conseil) et d’une organisation à but non lucratif ASCI (spécialisé dans l’aide, entre autres, aux acteurs du sport à créer un écosystème pérenne grâce à la recherche, au conseil et au plaidoyer). Il est daté de ce Décembre 2020.

Ce rapport a eu pour objet de répondre à trois questions excellemment bien posées dès l’avant-propos : comment transformer le potentiel du sport africain en réalité économique ; quels sont les freins au développement du sport en Afrique ; quels leviers pour en faire une réelle locomotive économique du développement du continent ?

Prenant appui sur des enquêtes auprès d’acteurs de terrain d’horizons divers, l’étude a produit un résultat significatif reposant sur six thèmes principaux considérés comme « pertinents pour une analyse de l’écosystème du sport continental ». Ces thèmes concernent essentiellement : les statistiques, la formation, la gouvernance, le climat des affaires, la commercialisation et les adaptations aux innovations contemporaines.

Au final, le rapport débouche sur 16 recommandations concrètes pour transformer l’énorme potentiel du continent en une économie du sport contributive au développement de l’Afrique.

J’avoue être resté sur ma faim à la lecture des recommandations. Il y a eu comme un sentiment de déjà vu ou plutôt de déjà lu. Je crois que quand on prend l’Afrique comme objet d’étude, il n’est pas du tout indiqué de faire comme si on évoluait dans des terres vierges. Et de ce point de vue, je crois que le rapport pouvait mieux faire.

Lorsqu’on passe en revue les différents recommandations, l’impression est que rien n’a été fait par les africains dans ces domaines. En tout cas, concernant mon pays, j’ai l’impression que les auteurs du rapport ne sont pas au courant de ce qui s’y fait et s’y produit depuis plus d’une décennie. C’est désolant parce que les principaux diagnostics et recommandations relevés dans le rapport ont été effectués dans des productions intellectuelles et scientifiques de notoriété publique. J’aurais l’occasion d’y revenir !

Mais en attendant, j’ai envie de reprendre à mon compte, le rapport du Bureau indépendant d’évaluation du FMI, publié en Mai 2011 à propos des problèmes que pose la recherche dans cette institution quand il s’agit de l’Afrique. Ce rapport nous disait à l’époque qu’il s’agit d’une « recherche institutionnellement orientée », qu’il y a des « biais idéologiques », que des « conclusions sont préconçues », que certaines études reposent sur un « cadre analytique inapproprié aux réalités des pays étudiés » et mieux qu’il y a dans les recherches du FMI, une « incapacité répétée à citer les travaux des chercheurs locaux ».

Sans être aussi sévère, je considère que, citer les travaux et pratiques des chercheurs et acteurs du sport aurait enrichi ce rapport, qui n’apparaitrait à mon sens pas comme un travail de « donneurs de leçons ». Notre Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle des années 60.

Bien sportivement.

Source: Emedia