Fiche de lecture sur le Rapport «Africa Pulse» de la Banque Mondiale du mois d’Octobre 2020

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Par Aldiouma Sow, membre du Secrétariat Permanent du RASA.

Le présent document est une publication mensuelle de la Banque Mondiale connue sous le nom d’Africa Pulse. Celle-ci est parue au mois d’Octobre 2020. L’institution y revient principalement sur l’impact de la pandémie de la covid-19 et propose des pistes de solutions pour venir à bout des problèmes que cette pandémie a causé aux économies africaines.

PRINCIPALES IDEES DEVELOPPEES DANS LE RAPPORT.

  • La pandémie de COVID-19 n’est pas encore terminée et les pays africains ne doivent pas baisser la garde. L’arrivée d’une seconde vague alimentent de nouvelles incertitudes quant à la persistance et à la propagation du virus.
  • La pandémie de COVID-19 a gravement perturbé l’activité économique en Afrique subsaharienne. Plus de 40 millions de personnes risquent de tomber dans la pauvreté et les efforts réalisés dans le Capital humain ces dernières décennies volés en éclats.
  • En raison de la conjugaison des mesures de confinement et des retombées connexes de la récession mondiale, la croissance devrait ralentir dans toute la région.
  • Une reprise durable dépendra de la rapidité à laquelle les pays africains privilégieront des actions politiques et des investissements visant à créer des emplois plus nombreux, de meilleure qualité et inclusifs. Les priorités doivent s’articuler autour de trois axes à savoir notamment : la transformation numérique, la réaffectation sectorielle et l’intégration spatiale.
  • Le rebond de l’activité économique va être modeste en Afrique subsaharienne en 2021, et les perspectives économiques restent soumises à une incertitude importante.
  • La voie de la relance souhaitée doit déboucher sur des emplois et une transformation économique. Cette transformation doit principalement s’appuyer sur le numérique qui doit assurer une connectivité abordable, fiable et universelle dans toute l’Afrique sur le transfert des ressources vers des secteurs économiques non traditionnels et enfin sur la création d’emplois massifs. Cette dernière nécessitera une transition décisive de l’exportation de matériaux bruts vers une augmentation de la valeur ajoutée et des chaînes de valeur intra-africaines.
  • Les pays de la région ont un espace budgétaire limité ce qui va entrainer un étirement du déficit public. Il est crucial de s’attaquer à ces problèmes avant qu’ils ne menacent la sécurité régionale et mondiale. Ainsi, l’Afrique subsaharienne attend de la communauté internationale de financements importants pour investir dans le capital humain, l’énergie et les infrastructures numériques et physiques. Cela passe par un meilleur accès aux financements concessionnels officiels qui sont nécessaires pour aider les pays à faible revenu de la région à sortir de cette crise en protégeant les personnes les plus vulnérables économiquement sans compromettre la reprise et la croissance.

LECONS APPRISES ET LECTURE CRITIQUE DU RAPPORT 

On apprend dans ce rapport que les économies des pays d’Afrique subsaharienne à l’image de leurs homologues du reste du monde n’ont pas été épargnées par la pandémie du Covid19. Le mesures de restrictions des échanges et la crise économique induites par ces meures ont entrainé une contraction des économies des pays occidentaux et asiatiques qui sont les principaux clients du continent. Cela a entrainé une baisse du volume des exportations africaines, celui des investissements directs étrangers en destination de l’Afrique ainsi que celui de l’aide publique internationales au bénéfice du continent africain. Ces facteurs combinés ont ralenti la croissance économique de bons nombre de pays africains. Cela risque d’entrainer des crises politiques multiformes et multisectorielles sur le continent.

Pour ce qui concerne les remèdes, l’institution propose de mettre l’accent sur le numérique, la création d’emplois qui d’après elle devra passer par des choix politiques saines (pour renforcer l’attractivité des économies africaines), par le recours à l’emprunt extérieur et aux investissements directs étrangers.  On retrouve ici les solutions classiques que la Banque mondiale n’a cessé de proposer aux sorties de crises de cette nature et avec la même ampleur.

On constate égalementdans ce rapport, comme l’accoutumé un entêtement à lire les dynamiques économiques en Afrique sous les mêmes prismes néolibéraux et à travers des indicateurs qui ont montré leurs limites à la matière. Il s’agit principalement du PIB et du taux de croissance. Cela empêche comme nous le savons de voir les véritables dynamiques économiques du continent et les acteurs qui les portent.

On constate par exemple que dans ce rapport le dynamisme et le rôle de ce qu’il est convenu d’appeler le secteur informel n’est pas pris en compte. Or il est établi que ce secteur qui occupe le plus grand nombre de la population a joué le rôle d’amortisseur mais aussi a été celui qui a le plus subi les mesures de restrictions prises par les gouvernements africains pour disent-ils freiner la propagation du virus.

Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire dans ce rapport, le rebond de l’économie noté dans le troisième trimestre de 2020 n’est pas seulement du aux appuis financiers et fiscaux consentis par les pouvoirs publics dans les secteurs du tourisme, du transport et de l’agriculture principalement. Nous savons que ce rebond a été possible grâce en partie à la levée des mesures de restrictions qui a permis aux acteurs de l’informel de reprendre leur activité.

On remarque à nouveau un place prépondérante accordée aux procédés classiques dont l’efficacité reste douteuse quant à leur capacité à sortir le continent de l’ornière. Il s’agit des IDE, de l’endettement et de l’aide internationale. Les mécanismes d’appui proposés ne sont pas différents avec les formes d’appui utilisées avant la pandémie. Il s’agit principalement de l’emprunt, de l’annulation voire de la suspension du remboursement de la dette. Ces mécanismes tranchent nettement d’avec le diagnostic fait du continent dans ce rapport. Ce diagnostic présente le contient comme le prochain plus grand marché mondial avec un main d’œuvre très jeune et suffisante.

Enfin, il est longtemps établi que la transformation du continent passe nécessairement par un secteur primaire dynamique et un secteur secondaire qui est en mesure de transformer sur place les produits issus du premier secteur, le tout soutenu par des stratégies de mobilisation des ressources nationales qui s’appuient sur des politiques monétaires et budgétaires souveraines. Sous ce registre, on remarque que dans ce rapport aucune proposition n’est faite allant dans le sens du renforcement des capacités productives du secteur primaire et la transformation sur le sol africain de ses produits or nous savons tous que c’est le principal levier pour la création d’emploi massif et pour lutter contre le chômage qui touche beaucoup de jeunes africains les poussant par moment et par endroit à l’immigration clandestine.