Sommet du Commonwealth 2022: enjeux du choix du pays d’accueil (Rwanda) et des nouvelles adhésions (Gabon et Togo)

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Pendant quelques jours, Kigali est apparue plus colorée que d’habitude, aux couleurs des drapeaux de plusieurs pays, du Royaume Uni à l’Australie, en passant par l’Inde et l’Afrique du Sud. 5 000 délégués de 54 pays se sont donné rendez-vous au Rwanda pour le premier sommet du Commonwealth depuis 2018 et le premier en Afrique depuis 2007. La particularité de ce somment réside également dans le fait que c’est la première fois que la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (Chogm) est organisée par un « nouveau » membre du Commonwealth, le Rwanda en l’occurrence, qui a a volontairement rejoint l’organisation (2009) sans jamais avoir été une colonie britannique.

L’autre particularité de ce sommet est que le Gabon et le Togo, deux anciennes colonies françaises, ont officiellement intégré cette communauté anglophone, ce 24 juin 2022.

Cela interroge, au moment où presque partout en Afrique, dans le même sillage que le dernier rapport (RASA 1), la question de la souveraineté est agité comme le nouveau bouclier d’une résilience efficace dans ce contexte difficile lié aux effets de la COVID et de la Guerre en Ukraine.

En effet, le choix du Rwanda pour abriter le sommet du Commonwealth a soulevé une grosse controverse. Des critiques exprimées par des ONG et l’opposition politique : répression de la liberté d’expression, « non respect des valeurs du Commonwealth, de la démocratie, de l’état de droit, les droits humains, la liberté d’expression », si l’on en croit Victoire Ingabire, la leader de l’opposition au Rwanda. En tout état de cause, pour les besoins du Sommet, les écoles de Kigali, la capitale rwandaise, sont fermées et de nombreuses routes sont bloquées, tandis qu’un important dispositif de sécurité a été mis en place. The Times a relaté les récriminations à l’encontre du projet, qualifié de « consternant », du gouvernement britannique d’expulser au Rwanda des demandeurs d’asile. En effet, la signature, le 14 avril 2022, d’un accord controversé entre le Rwanda et le Royaume-Uni qui prévoit dans les grandes lignes que Londres puisse envoyer une partie de ses demandeurs d’asile – arrivés illégalement sur son territoire – au Rwanda a suscité des nombreuses réactions indignées. Kigali se serait engagé en contrepartie d’une aide financière, à accueillir ces migrants – le temps que leur dossier soit traité – et éventuellement à les insérer dans le pays. Certains Etats voisins embouchent la même trompette: la République démocratique du Congo (RDC) accuse Kagamé de soutenir la rébellion du Mouvement du 23-Mars (M23), qui a récemment repris les armes dans l’est de de la RDC. Ce qui a poussé le Chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekedi, à demander au Premier ministre britannique à faire pression sur Paul Kagame pour le convaincre de cesser son « agression ».

Avec l’adhésion du Gabon et du Togo, l’ Afrique, avec dix-neuf membres, renforce sa position de plus gros contingent de pays du Commonwealth avec pour spécificité. Et pourtant le rôle de l’organisation et sa pertinence sont de plus en plus remis en question.

Le Commonwealth, dont la reine Elizabeth II est la cheffe, est une association de 54 États membres dont 15 royaumes, souvent anciens territoires de l’Empire britannique. L’organisation recouvre 2,6 milliards d’individus, soit un tiers de l’humanité.

Cela interpelle, dans un contexte où le rôle et la pertinence du Commonwealth sont de plus en plus remis en question, à une période de transition pour la monarchie britannique et de remise en question du passé colonialiste.

Rappelons que le Commonwealth est une association dirigée par la reine Elizabeth II, composée de 54 États membres dont 15 royaumes, souvent anciens territoires de l’Empire britannique, soit 2,6 milliards d’individus, donc un tiers de l’humanité. Cette année, la Reine (96 ans) qui préside la réunion des chefs de gouvernement depuis son accession au trône britannique en 1952, sera pour représentée par son fils, le prince Charles. Lui qui avait qualifié de « consternant », l’expulsion vers le Rwanda des demandeurs d’asile par le gouvernement britannique .

En tout état de cause, à l’issue de ce sommet de Kigali, le président rwandais assurera la présidence executive de l’organisation du Commonwealth pour les deux prochaines années.  Si l’on en croit l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, le président entrant, Paul Kagamé, « ne correspond peut-être pas à tous les critères démocratiques, mais il a une vision pour son pays et pour l’Afrique ! Il sait où il emmène son pays. » 

Espérons que l’agaciro1 rwandais permette de sauvegarder effectivement les intérêts de ce pays, voire du continent dans leur aspiration à plus de souveraineté, comme y travaille le RASA.

1 « dignité » ou « fierté » en kinyarwanda

D. S. M. N.