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Quels sont les leviers d’une souveraineté retrouvée des sociétés sahéliennes ?
Comment relancer les économies réelles, refonder les États et renforcer la résilience des sociétés ?

Pour en savoir plus , suivez le webinaire organisé par l’IPAR, le RASA, SENRTT, et RTT UEMOA. Il prend l’actualité brûlante malienne et de la CEDEAO comme prétexte pour jeter un regard à long terme qui peut éclairer les positions et les actions d’aujourd’hui.

Ce webinaire est organisé à l’occasion de la journée internationale des Think tanks célébrée chaque 31 janvier et vise à interroger les stratégies et à proposer des solutions réalistes et réalisables par lesquels le Sahel repassera d’une région de conflictualités à un espace de convivialités.

Au moment où la crise malienne prend une tournure géopolitique inédite, retrouver un regard prospectif et élargi sur toute la région du Sahel nous semble essentiel. Le Sahel, région éco géographique qui traverse de manière latitudinale plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest a présenté depuis des dizaines d’années des défis complexes d’ordre environnementaux, économiques, sociales et politiques. Les changements climatiques et leurs corollaires (incertitudes et extrêmes climatiques, sécheresses, inondations, érosion des sols, conjugués à l’essoufflement des États nations post coloniaux qui n’ont pas pu prendre en charge les besoins de base des sahéliens ont accentué la course aux ressources, fragilisé les sociétés et freiné leur modernisation. L’explosion de la Libye de Khadafi a à partir de 2012 accéléré et aggravé les conflictualités alors que depuis des siècles la région sahélienne et l’Afrique de l’ouest en général apparaissaient comme l’une des régions les plus pacifiques au monde. Le tout sécuritaire et la militarisation de la région qui constituent aujourd’hui un nouveau champ d’influence et de combat pour les puissances comme la France, la Russie, les Etats Unis, l’UE, ainsi que les Nations Unies, font penser à l’Afghanistan (« Sahelistan ») et remettent en question les souverainetés des sociétés (rurales surtout) et leurs capacités de résilience.
Coups d’Etats, rebellions armées, trafics d’enfants et de drogue, revendications sécessionnistes, idéologies extrémistes, contestations préélectorales ou postélectorales sont les manifestations les plus violentes de l’extrême fragilité démocratique et politique de la région. Dès lors, les pays sahéliens sont exposés à un risque de déstabilisation généralisée et d’embrasement, par le mécanisme de jonction des tensions et de circulation des armes, des séparatismes, des conflits dans les zones transfrontalières sur lesquels la maîtrise étatique et le contrôle sont lâches.
Avec la crise du Sahel (Mali, Niger, etc.), le risque de déstabilisation généralisée des pays sahéliens est réel, parallèlement à la menace terroriste qui s’étend en Afrique de l’Ouest. Une jeunesse désœuvrée, comme ces jeunes ouest-africains qui empruntent des pirogues pour aller en Europe au péril de leur vie, est une proie facile à orienter vers des buts non souhaités. Les villes secondaires qui, souvent, occupent les marges territoriales où se développent les contestations politiques, restent généralement atones et leurs jeunesses désœuvrées sont les « clients » faciles des vendeurs d’illusions de toutes sortes.
Pourtant le Sahel correspond dans une large mesure à cet espace qui entre le 7e et le 15e siècle, a vu se développer des constructions civilisationnelles et géopolitiques qui ont contribué à consolider le substrat culturel commun ouest africain. La codification de la charte du Mandé ou encore la Charte de Kouroukan Fougan (dans l’empire du Mali) marquait déjà au 13e siècle un choix d’unité et une reconnaissance consensuelle de valeurs, de règles, de pratiques de régulation collective jamais égalées jusqu’à aujourd’hui et qui démontrent que l’Afrique de l’Ouest était capable, bien avant la colonisation, de penser par elle-même son agenda et ses règles politiques et démocratiques.
Redevenir une région où les convivialités sociales sont baties autour de solidarités transfrontalières, d’activités économiques intégrées, de conventions locales diverses, de politiques d’intégration basées sur le local et les économies réelles, reste un des plus grands défis. Il demande de sortir de la stagnation de l’économie rurale qui occupe jusqu’à 80% de la population par l’agroécologie et la diversification des activités, de refonder des appareils d’Etat légitimes et efficaces, de retrouver une pleine sécurité dans l’utilisation des ressources, etc.