Par Fabrice EKOMO, Chercheur en Droit Public à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Tanger, Université Abdelmalek Essaadi; Saida LATMANI, Professeur de Droit public à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Tanger, Université Abdelmalek Essaadi; Mehdi ESSARSAR, Professeur de Droit public à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Tanger, Université Abdelmalek Essaadi

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Un Etat souverain n’agit que selon sa propre volonté, c’est le corollaire du droit à l’autodétermination. C’est à lui seul, à qui revient le rôle de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute sorte d’influence ou d’ingérence étrangère.

Est-ce vraiment le cas pour l’ensemble des pays du continent noir ? Absolument pas ! Les Etats africains ne sont ni indépendants ni souverains. Et c’est ce que nous tenterons de démontrer à travers cet article.

Introduction
L’expression ‘’ souveraineté’’ en elle-même donne à réfléchir. Mais quand il s’agit de la souveraineté des Etats africains, la notion devient aussi perturbante et ne peut que susciter la perplexité de juriste d’où le fétichisme qui la marque. Selon les termes de N. Politis, la souveraineté est un « Un écran qui dévoile, la réalité, il faut donc s’en débarrasser s’il on veut voir clairement ».

Peut-on dire alors que les Etats africains dans leur ensemble, sont souverains ?
Il s’agit là d’une question qui pique notre curiosité, titille nos méninges et nous stimule à remettre en question certaines idées, à douter de croyances déguisées selon lesquelles les Etats africains sont vraiment souverains. En effet, il serait maladroit, car peu réaliste, de croire que ces derniers puissent s’autoréguler et prendre leur décisions
unilatéralement et de manière autonome.
Il va sans dire qu’un Etat souverain n’agit que selon sa propre volonté, c’est le corollaire du droit à l’autodétermination, C’est à lui seul, à qui revient le rôle de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute sorte d’influence ou d’ingérence étrangère. Est-ce vraiment le cas pour l’ensemble des pays du continent noir ? A première vue pas d’avantage !
Le cinquantenaire de l’indépendance des Etats africains est un devoir de mémoire qui doit être respecté. Mais aussi une occasion pour se remettre en question et remettre en cause la dimension africaine du concept même de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Tant que ces Etats souffrent encore grâce à plusieurs facteurs résultant du fait colonial qui selon nous, semble être éternel. A ce stade une question importante se pose : les Etats africains
sont-ils souverains ou indépendants ?
Inévitablement, le concept de « souveraineté » est présent dans cette analyse comme un fil conducteur, alors même que cette souveraineté se cherche encore et toujours un sens, une définition. C’est pour cela, et avant tout développement, il semble utile de s’arrêter sur un travail de définition tant que notre concept demeure flou.

En effet, ce travail de définition sera largement étoffé dans cet article, mais il nous est possible de fournir dès maintenant quelques éléments de reconnaissance. De point de vue terminologique, et partant du constat que les mots ont leur importance, il faudrait être bien naïf pour penser que la confusion entre souveraineté et indépendance est involontaire. On sait bien, depuis longtemps, que le monde des hommes est régi par les mots, et il n’y a pas de
meilleur moyen de sembler. Ne s’être jamais trompé que de demeurer vague et général, mais de l’être avec conviction et autorité. Loin d’être synonymes ces deux termes sont en tous points opposés et le véritable débat politique contemporain doit précisément porter sur la confrontation de ces deux concepts.
Dans l’esprit commun, indépendance et souveraineté sont associés dans une seule et même fonction politique, sans qu’il soit possible de les séparer et de distinguer les différences, voire les écarts, qui les distinguent. À cet amalgame populaire s’ajoute une imprécision référentielle dans la définition de chacune des deux notions.
Selon Larousse, on entend par « l’indépendance », la situation d’une collectivité qui n’est pas soumise à une autre autorité. Tandis que la souveraineté désigne la qualité du pouvoir politique d’un Etat ou d’un organisme qui n’est pas soumis au contrôle d’un autre Etat. L’indépendance donc dépasse largement la souveraineté. Mais qu’en est-il des Etats africains ?
Il suffit d’observer ce qui se passe aujourd’hui en Afrique, ces multiples guerres qui en règnent pour comprendre que la colonisation est toujours installée sur son sol et qu’on ne va jamais laisser l’Afrique tranquille. Tout le monde veut tirer son jus de ce délicieux fruit. Les Etats africains ne sont ni indépendants ni souverains. Et c’est ce que nous tenterons de démontrer dans les lignes suivantes de cet article tout en répondant à ces trois questions
fondamentales :
– Quelle souveraineté pour les Etats africains ?
– La démocratie n’est-elle pas un cadeau empoisonné pour les Etats africains et offert avec une lueur de satisfaction dans le regard ?
– Qu’en est-il du droit d’ingérence humanitaire ?
– Comment l’Afrique fut piégée ainsi ?
– L’aide au développement, un sentiment d’altruisme ou calcul égoïste ?