« Le discours néolibéral et la mondialisation heureuse », Alioune SALL *

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*Directeur exécutif de l’Institut des Futurs Africains, Sénégal

In PROSPECTIVE GÉOPOLITIQUE ET DESTIN DES NATIONS, Agir en Conscience – Ouvrage réalisé grâce au concours financier de la Fondation HANNS-SEIDEL (Allemagne) /(Vous pouvez le tlécharger en cliquant sur le lien en bas de cet article)

Introduction
Je suis ravi d’être ici pour trois raisons :
– pertinence/générosité du thème : alors que l’humanité a du mal à sortir de la préhistoire en raison d’intérêts égoïstes, les débats sont placés sous le signe d’une très grande générosité puisque ce qui est recherché ici c’est ni plus ni moins que « l’humanisation de la géopolitique » pour reprendre le propos de notre ami Prof. Ali Sedjari.

– Qualité de la pléiade d’intervenants. Comme Hegel disant, en parlant de Napoléon « j’ai vu passer l’esprit à cheval », j’ai vu ici des communautés épistémiques en plein déploiement

– Elégance des échanges : alors que bien souvent les débats entre intellectuels tournent à la foire d’empoigne, les images que j’utiliserais, si je devais parler de la manière dont les débats ont été conduits jusqu’ici, sont celles de la sarabande, de la symphonie, du partage, de la Co-construction, de la conscience collective, du discernement.
Ces trois traits qui cisèlent le faciès de cette rencontre me l’ont rendue fort sympathique.
Ma communication devait initialement être discutée dans une session intitulée « prospective géopolitique et destin des nations ». Voilà que, par une opération dont je ne connais pas tous les tenants et aboutissants, cette communication est présentée maintenant dans une session qui a pour titre « un monde en action et une géopolitique de l’inconscient ».

Je ne pouvais des lors manquer de m’interroger sur la pertinence de mon projet initial. Mais, voilà qu’après avoir écouté les intervenants de ce matin, j’ai décidé de restructurer mon papier initial, de m’aligner et de parler de l’inconscient.

J’ai donc restructuré ma présentation.
Ce que je voudrais faire ici, c’est présenter deux discours sur la mondialisation -le discours néo-libéral et le contre-exemple chinois- parce que quand on parle de géopolitique et de développement ce vocable de mondialisation est incontournable. Décriée par les uns, adulée par les autres, la notion de mondialisation ne laisse personne indiffèrent. Je voudrais ensuite m’interroger sur la signification de ces discours pour l’Afrique et l’incidence de ces discours sur l’espace africain. Je conclurai par un appel à l’audace.
Quatre questions :

Mais auparavant, je voudrais dire deux mots des inconscients dont il a été fortement /beaucoup question ce matin. Qui sont ces inconscients ? C’est par cette question que je voudrais entrer en matière mais je le ferai en « français facile »
Qui sont les inconscients ?
-Ceux qui n’ont pas de conscience terrienne
-Ceux chez qui « le pouvoir a corrompu la raison », comme dirait Kant
-Ceux chez qui l’ambition a éteint l’étincelle, la lumière de l’esprit
-ceux qui poursuivent des biens particuliers, mettent en œuvre des stratégies qui conduisent à des tragédies pour tous (Platon)
-Ceux qui présentent ces tragédies comme une comédie alors que ce sont leurs comédies qu’ils appellent gouvernance qui mènent ces tragédies.
De ces quelques définitions glanées au cours des interventions de ce matin, il ressort que la notion d’inconscients  recouvre une large palette d’acteurs dont l’absence ici est remarquable en même temps que peut-être salutaire. Les absents sont :
-les États : ceux de la Triade, pour parler comme Samir Amin, mais aussi ceux de la périphérie dits émergents
-des organisations intergouvernementales (OIG) : singulièrement les institutions de Bretton Woods initiatrices et fer de lance du Consensus de Washington et, malheureusement, de plus en plus d’agences onusiennes qui s’en démarquaient et préconisaient ce qui était appelé le Consensus de New York : singulièrement le PNUD et le l’UNICEF mais aussi le BIT et l’e FIDA, -des multinationales,-des OSC.
En somme des fondamentalistes de la mondialisation et des djihadistes de l’ordre libéral.

Quels discours sur la mondialisation ?
La mondialisation occupe deux espaces discursifs :

Le discours néolibéral de la mondialisation heureuse
Dans la conception néolibérale, la mondialisation comprise comme l’extension du système capitaliste à l’échelle de la planète représente une lame de fond qui agit positivement sur la planète et optimise les potentialités créatrices : « la diffusion mondiale des produits, l’internationalisation des systèmes de communication et une certaine convergence des modes de vie et de consommation nourrissent le sentiment d’appartenance au village planétaire ». On est là, bien évidemment, en présence d’une conception idyllique de la mondialisation. Une conception d’autant plus idyllique que cette mondialisation apporterait non seulement la croissance économique mais aussi le libéralisme politique sous forme d’un ensemble de libertés garanties par des systèmes démocratiques ; une telle mondialisation serait donc forcément heureuse et, implicitement, représenterait une étape ultime, indépassable dans l’histoire de l’humanité.
Pour bénéficier des bienfaits associes à cette mondialisation heureuse, il ne resterait aux pays en développement ou émergents qu’à se résoudre à suivre la même trajectoire que les pays du Nord : s’intégrer davantage dans les échanges mondiaux, d’une part, et, d’autre part, renforcer la démocratie libérale qui, dans cette narration, serait le but ultime de la mondialisation en même temps que son moyen privilégié de réalisation. Cette conception quelque peu téléologique de la mondialisation a atteint son paroxysme à l’ère reagano-thatcherienne, juste après la chute du Mur de Berlin, qui a vu naitre le syndrome TINA mais aussi Fukuyama et ses  nombreux épigones.
Cependant, deux mouvements historiques récents semblent battre en brèche cette conception : la première est l’essor de la Chine, qui propose une articulation/insertion délibérée au système d’échanges mondialisés mais basée sur une organisation politique à l’opposé de celle de la démocratie libérale ; la seconde est celle d’un accroissement spectaculaire des inégalités qui nourrit un sentiment d’aliénation identitaire au cœur de la résurgence de mouvements populistes, y compris en Occident. Les castes d’argent d’un côté, et de l’autre les indigents, comme dit la chanson. L’ISF est sucrée mais le nombre de SDF augmente.

 Je reviendrai sur ces disparités.

Le contre-exemple Chinois
La Chine est devenue l’atelier du monde et est aujourd’hui la seconde puissance économique mondiale. Son ascension est tout simplement époustouflante et elle la doit beaucoup à la mondialisation qui, en l’occurrence, a consisté en une insertion contrôlée dans l’économie mondiale. Mais si le modèle chinois est, comme celui d’un certain nombre d’autres pays asiatiques (Japon, Corée du Sud), riche d’enseignements, son intérêt est double. Il tient en premier lieu au fait qu’il a permis à la Chine de connaitre une ascension fulgurante et de se hisser au rang de seconde puissance économique mondiale, ce qui en soi est une performance remarquable qui laisse pantois nombre de pays anciennement et nouvellement industrialisés.
L’intérêt tient, en second lieu, au fait que cette ascension ait été réalisée sur la base d’un discours et de pratiques fort éloignés des doxa en cours dans les champs économique et socio-politique.
Sur le plan économique, en effet, le modèle chinois repose sur un interventionnisme massif de l’Etat dans les affaires économiques moins en tant qu’entité régulatrice que comme acteur économique à part entière ;il s’agit d’un modèle dans lequel la promotion par l’Etat d’un environnement propice à la compétition « libre et loyale » est marginale par rapport aux efforts colossaux
qu’il déploie pour promouvoir la compétitivité sur la scène internationale, y compris par des activités qui débordent allègrement les cadres de l’éthique des affaires C’est ainsi que l’objectif affirmé est aujourd’hui de passer du textile à l’automobile, du bon marché à la forte valeur ajoutée, comme en atteste l’ambition proclamée de faire du pays un leader dans la course effrénée a l’intelligence artificielle. C’est aussi celui d’élever le statut économique de sa population : à ce titre, la plus grande prouesse de la Chine est sans nul doute d’avoir sorti de la pauvreté un demi-million d’individus depuis les années 80 avec un taux de pauvreté passé de 88% en 1981 à 6.5% en 2012.
L’accroissement du niveau de vie moyen semble également se faire aussi par le bas; on y observe en effet un phénomène bien connu des économistes selon lequel les inégalités de revenus s’accroissent pendant les phases d’importante croissance économique mais se réduisent à mesure que des populations initialement rurales accèdent à des emplois plus rémunérateurs : les inégalités dans les revenus des Chinois tendent ainsi à diminuer depuis 2009 (ce n’est pas le cas pour les patrimoines par contre – mais ceci est une tendance mondiale comme l’a démontré Piketty ).
Sur le plan de l’organisation politique et sociale, le modèle chinois est à l’opposé des démocraties libérales. Ainsi la Chine pratique une articulation/insertion délibérée au système d’échanges mondialisés mais basée sur une organisation politique à l’opposé de celle de la démocratie libérale. L’aspect téléologique du discours reagano-thatcherien ne disparaît totalement. Si la représentation du peuple se fait par un parti unique, comme ce fut le cas dans les pays d’obédience communistes, force est de constater que la Chine moderne, si elle ne renie pas son appartenance à cette catégorie politique, l’incarne sur un mode particulièrement créatif.
Deux traits communs aux deux modèles

Une idéologisation du factuel ; une essentialisation de traits historiques.
La Chine, dit-on, puise dans un fonds culturel qui remonte à bien plus tôt que la révolution culturelle maoïste, puisqu’il s’agitde son héritage confucianiste que la Chine revendique aujourd’hui bien volontiers. Selon un mouvement similaire, le rayonnement international auquel la Chine aspire aujourd’hui s’inscrit dans une adaptation contemporaine des concepts de Tianxia et de Tianming (respectivement « tout ce qui est sous le ciel » et « mandat du ciel »), au cœur de la conception des relations internationales du pays, et qui visent à mettre davantage l’accent sur une régulation des rapports internationaux « relationnelle », par opposition à « fondée sur des règles ».
Selon cette conception, le monde a besoin de davantage de consensus pour développer les relations internationales en une véritable gouvernance mondiale. Si les règles strictes ont leur utilité, l’accent est mis sur la possibilité de relations plus souples. Cette nouvelle approche chinoise des relations internationales ignore le fait que des règles strictes peuvent être utilisées par des
États plus petits pour les protéger des actions arbitraires de certains d’entre eux, tandis que la gouvernance par relations privilégie les plus forts. Mais c’est sans fausse honte que la Chine reconnait ce fait. On ne saurait à cet égard être plus explicite que le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, qui, en 2010, affirmait que «la Chine est un grand pays et les autres pays sont de petits pays et ce n’est qu’un fait».

Mais, si la Chine peut faire figure de modèle dans sa trajectoire économique spectaculaire tant par l’ampleur de sa croissance que par son caractère raisonnablement inclusif, tout comme par son ancrage sur un socle culturel profond, il serait pourtant naïf de considérer le marivaudage auquel elle se livre avec les pays africains comme dégagé de toute contrepartie. Le concept de Tianxia désigne certes une communauté mondiale dont les membres entretiendraient des relations constructives et apaisées, cependant cette communauté doit se constituer autours de ceux qui disposent du Tianming, du mandat du ciel, qui d’un point de vue pragmatique, est simplement l’expression d’un ascendant dans les rapports, établissant une hiérarchie de fait qu’il s’agit de reconnaitre et d’accepter.

Déni de la réalité
La mondialisation aura sans doute bénéficié économiquement à beaucoup mais elle aura également donné lieu à un déclassement économique et social d’une frange des classes moyennes dont les niveaux d’éducation supérieure sont limités ainsi que celle de catégories sociales moins élevées. Cela, couple avec des politiques d’austérité budgétaires strictes qui érodent peu à peu le
service public, rend les populations malheureusement très réceptives aux discours nationalistes et populistes de droite et d’extrême droite qui amalgament pêlemêle la subordination de la souveraineté économiques à des institutions supranationales et dont la représentation démocratique est déficiente (UE, OMC, ONU, etc.…), l’immigration en provenance du Sud et du Moyen Orient
comme risque sécuritaire, fardeau économique ou encore invasion culturelle, la précarisation du travail et la nostalgie d’une certaine idée de prédominance civilisationnelle des puissances occidentales dans les affaire mondiales qui s’érode un peu plus à chaque déclaration pleine de présomption, voire de défiance à l’égard de l’Occident de Vladimir Putin, Xi Jinping ou Narendra Modi : la résultante en est un repli identitaire nourri en réaction à un sentiment d’aliénation face à la mondialisation.
Si cette « mondialisation en fin de compte malheureuse pour beaucoup » induit dans les champs politiques Européens et Américains des polarisations croissantes qui favorisent le développement de l’extrémisme, n’est-il pas légitime pour le monde en développement de questionner le modèle qui, sous sa forme actuelle,-capitaliste, individualiste, inégalitaire-, est aliénant, conflictogène, violent ?
Dans la mesure où toute idée de trajectoire téléologique devient spécieuse que ce soit par son caractère inéluctable ou par celui de sa destination que l’expérience révèle comme peu souhaitable par nombre d’aspects, est-il possible de penser des trajectoires de développement plus endogènes, et dont l’articulation à un capitalisme mondialisée émanerait naturellement de données culturelles propres?
Quel espace pour l’Afrique dans ces mondialisations contrastées ?Un double défi est à relever par l’Afrique : il faut savoir décrypter le présent et penser l’impensé.
Lire le présent dans le contexte de « clair-obscur » qu’évoquait Gramsci pour caractériser notre époque n’est pas chose facile.

Avec l’entrée fracassante dans notre vocabulaire des notions de mouvement, d’incertitude, d’ordre chaotique, de dérèglement, de complexe, de disruptif, il est souvent difficile de distinguer ce qui relève de la simple créativité langagière de ce qui est l’expression d’un désordre conceptuel qui fait pendant au « fatras de soi » dont Ghaleb Bencheikh recommandait la lecture. Il faut donc savoir
procéder avec méthode, et bien souvent le faire au prix d’une « dissidence intellectuelle » qu’il faut ériger en droit. En prospectiviste, lire le présent signifie comprendre les facteurs de changement, les acteurs qui sont derrière ces facteurs, les stratégies et jeux de ces acteurs ainsi que les incertitudes qui leur sont liées. Un tel exercice dépasserait largement les limites de cet article. On se contentera donc ici d’indiquer très brièvement quelques tendances lourdes qui caractérisent notre monde ainsi
que les germes de changement qui s’y donnent à lire.

Parmi ces tendances lourdes, deux me semblent majeures et importantes à comprendre :– la persistance des frontières -ce que j’ai appelé ailleurs les brumes de Westphalie – qui ont fondé en raison le couple Etat guerre ; des frontières que la mondialisation aurait dû, en toute logique, faire disparaitre si le discours dominant sur la libre circulation des capitaux, des biens, et des services était une réalité ;– la compréhension de la géopolitique comme rivalité entre territoires souverains et reconnus comme tels.
Quant aux germes de changement, le plus frappant porte sans doute sur le concept de citoyenneté. Sila nation a aujourd’hui mauvaise presse en Europe mais aussi en Afrique, parce que vue comme conflictogène ou alibi pour dissimuler des fractures de plus en plus béantes dans les sociétés africaines, la notion de citoyenneté connait, elle, au contraire une nouvelle jeunesse. Elle est pluridimensionnelle comme l’identité dont elle n’est plus dissociable et trouve sa légitimité non plus dans le seul passé -l’héritage- mais aussi dans le futur-le projet sous-tendu par une volonté commune d’aller ensemble à la conquête d’un futur désiré. Si ce germe de changement se développe et se consolide, il y a gros à parier que la persistance de l’idéologie westphalienne, présentée comme tendance lourde, en viendra à être altérée.
Agir en conscience, un nouveau Bandoeng

– Comme lors de la Conférence de Bandung, tenue en 1955, il est question aujourd’hui pour l’Afrique d’adopter un positionnement critique par rapport aux grands pôles hégémoniques mondiaux, qu’il s’agisse des pays de la Triade (Europe, Etats-Unis, Japon) ou de la Chine et /ou d’autres pays émergents. Comme pour le contexte historique durant lequel s’est tenue la Conférence de Bandung, il est question d’adopter un positionnement pragmatique et de capitaliser sur cette compétition hégémonique pour
tirer le plus des rapports avec les grandes puissances, établies ou émergentes, et de le faire, dans la mesure du possible, au moindre cout.

-Selon la même logique pragmatique, il est urgent de reconnaitre que s’ils sont seuls, et prives de toute communauté d’intérêt supranationale, les pays africains sont condamnés à plus ou moins long terme à être inféodés aux intérêts des géants de ce monde. De ce point de vue-là, les ambitions affichées par l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, en termes de mutualisation réelle de ressources pour relever des défis communs, sont plus que légitimes même si elles restent encore bien trop timides.
-Il est également urgent pour les gouvernements africains d’établir ou de rétablir un légitimité démocratique réelle aux yeux des populations qu’ils sont censés représenter. À ce titre la tenue d’élections n’est pas suffisante comme le démontre le déficit démocratique de fait auquel font face les pays occidentaux dans le contexte d’une mondialisation libérale débridée, et où les taux de participation aux élections sont de plus en plus faibles parce que pour un certain électorat désabusé, les élections ne changent rien en fin de compte. Quand l’abstention ne prévaut pas, c’est le vote extrémiste qui l’emporte, l’électeur pensant qu’un changement, quel qu’il soit, est préférable au statu quo.
L’arbitrage entre différentes trajectoires de développement sera d’autant facilité pour les décideurs publics, qu’ils sauront êtreà l’écoute des peuples. Les défis communs ne manquent pas, et si dans la sphère de l’économie le choix est fait d’inscrire la coopération dans ce domaine dans le cadre minimal de la régulation des activités des entreprise en compétition, les enjeux sécuritaires et environnementaux, pour n’en citer que deux, ne sauraient s’arrêter aux frontières. Les défis ne pourront être relevés que si sont mises en œuvre des politiques volontaristes en vue de faire de l’établissement de rapports multilatéraux entre africains non pas un temps dans la construction de l’Afrique mais une dimension transversale de son existence dans ce monde.. Peut-être est-il dès lors temps de remettre au gout du jour l’idéal panafricain qui affirmait une parenté culturelle de fond entre les peuples du continent, s’exprimant au minimum dans des trajectoires historiques communes, dans les modalités du rapport à l’autre et des structures familiales, dans une éthique relationnelle que d’aucuns pourraient envisager comme le fondement d’une unité africaine réalisée.

Loin de toute idée de repli identitaire, il parait important d’interroger ce que recèle potentiellement l’idée d’une affirmation culturelle des peuples qui imprégnerait non-seulement les modalités d’articulation nationales au capitalisme mondialisé, mais également un repositionnement stratégique multilatéral fondé sur une communauté de défis auxquels le Sud doit faire face eu égard aux velléités hégémoniques anciennes et nouvelles. En somme, d’interroger la pertinence d’un nouveau Bandung.


Pour conclure…
Un appel à l’audace. Penser l’impensé ; agir en conscience. A bien y réfléchir, ces deux attitudes ont été présentées dans toutes les révolutions qu’elles fussent politiques, culturelles, économiques ou technologiques.
Mais une révolution requiert de l’audace. De cette audace qu’évoquait Danton de la Révolution française mais aussi de cette audace à laquelle se référait Emmanuel Kant, comme le rappelait opportunément Dominique Martin. Je dirai donc que l’avenir d’une mondialisation heureuse ou d’une géopolitique humanisée, apaisée, loin de la logique hobbesienne actuelle, est à portée de main à condition que l’on ose penser, que l’on ose parler et susciter un désir d’avenir, que l’on ose agir.
Je veux croire que demain, en parlant de notre présente rencontre, les historiens de l’avenir écriront, en paraphrasant un des fondateurs du mouvement situationniste : « ils étaient quelques-uns épris du plaisir d’aimer sans réserve leur continent, de jouir sans entrave et désireux pour cela d’offrir à leur amour le lit somptueux d’une révolution »….Marrakech entrera dans l’histoire si l’on en sort avec le désir de jouer un rôle plus grand dans la révolution dont notre humanité est grosse même si elle n’en est pas toujours consciente.

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